lundi 23 février 2015

Lettre à ma mère de Sergueï Essenine - Traduction Gabriel Arout



 Lettre à ma mère


de Sergueï Essenine



Tu es là, tu vis, ma petite vieille,
Je te salue bien, moi aussi, je vis,
Que vienne resplendir sur ta chaumière
La lumière ineffable de jadis !


On m’a raconté, que cachant tes doutes,
Tu t’inquiètes fort à mon propos,
Que tu vas souvent, sur la grande route,
Engoncée dans ton vieux caraco.


On me dit, aussi, que la nuit tu rêves
A mes nuits, aux rixes des tripots,
Que tu vois souvent un bandit qui lève
Sur ton fils la lame d’un couteau.


Ce n’est rien, rassure toi, chérie,
Tout cela n’est rien qu’un cauchemar.
Mon âme n’est pas à ce point pourrie
Que je puisse crever sans te revoir !


Non, je suis toujours le même, un tendre.
Et je n’ai qu’un seul désir au cœur :
Quitter ce bourbier et ces méandres,
Revoir la maison basse du bonheur.


Je viendrai, quand ouvrira ses branches
Le jardin, au souffle du printemps,
Si tu me promets que les dimanches
Tu me laisseras dormir mon content.




Ne réveille pas les choses mortes,
Ne ranime pas les vains espoirs.
J’ai joué trop tôt ma vie - qu’importe !
Je suis déjà las - faut pas m’en vouloir.




Ne viens pas m’apprendre la prière,
C’est fini, sans espoir de retour.
C’est de toi que me vient la lumière,
De toi seule, la joie et le secours.




Oublie, donc, tes craintes et tes doutes,
Ne t’attriste pas à mon propos.
Ne va pas guetter sur la grande route,
Engoncée dans ton vieux caraco.


1924



Traduction Gabriel Arout






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