mardi 17 janvier 2017

CHANSON - de Pierre Corneille


 



CHANSON  

de  Pierre Corneille
 

Si je perds bien des maîtresses,
 J’en fais encor plus souvent,
 Et mes voeux et mes promesses
 Ne sont que feintes caresses,
 Et mes voeux et mes promesses
 Ne sont jamais que du vent.

Quand je vois un beau visage,
 Soudain je me fais de feu,
 Mais longtemps lui faire hommage,
 Ce n’est pas bien mon usage,
 Mais longtemps lui faire hommage,
 Ce n’est pas bien là mon jeu.

J’entre bien en complaisance
 Tant que dure une heure ou deux,
 Mais en perdant sa présence
 Adieu toute souvenance,
 Mais en perdant sa présence
 Adieu soudain tous mes feux.

Plus inconstant que la lune
 Je ne veux jamais d’arrêt;
 La blonde comme la brune
 En moins de rien m’importune,
 La blonde comme la brune
 En moins de rien me déplaît.

Si je feins un peu de braise,
 Alors que l’humeur m’en prend,
 Qu’on me chasse ou qu’on me baise,
 Qu’on soit facile ou mauvaise,
 Qu’on me chasse ou qu’on me baise,
 Tout m’est fort indifférent.

Mon usage est si commode,
 On le trouve si charmant,
 Que qui ne suit ma méthode
 N’est pas bien homme à la mode,
 Que qui ne suit ma méthode
 Passe pour un Allemand.







 
 
 
 


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