lundi 23 janvier 2017

LES VISAGES DU TEMPS - de Huguette Bertrand


http://www.espacepoetique.com/H.Bertrand-600pix.jpg

Poète, Huguette Bertrand est née à Sherbrooke, Qc, Canada.

Elle a fait paraître 23 ouvrages de poésie de 1985 à 2015 ainsi que huit (8) ouvrages en collaboration avec des artistes en art visuel et photographies.

De nombreux textes ont également paru dans des revues au Québec, en Belgique et en France.

À partir de 1996, elle a publié ses ouvrages en version numérique sur le présent site devenant ainsi sa plate-forme de création et de diffusion. La plupart de ses ouvrages en numérique ont par la suite été publiés en livre papier.

Elle est aussi éditrice. Éditions En Marge est sa maison d'édition. Non contente de s'autoéditer sauf ses deux premiers recueils de poésie, elle a publié des ouvrages de plusieurs poètes du Québec, du France, du Maroc et des États-Unis.

Très active sur le Web depuis 1996 jusqu'à ce jour, elle ne compte plus les implications qui l'ont maintenue sur la voie numérique.

Huguette Bertrand est membre de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois.



http://dandylan3.free.fr/canalblog2012/angersbertrand120204.jpg

LES VISAGES DU TEMPS

Tellement loin
tellement proche
quand ça fourmille d'habitudes
de grimaces
entortillées autour du présent

ça remonte et ça descend
des rivières infinies
frôle les astres
dans l'immensité du coeur
ses musiques d'accords brisés
fragments d'un noir soleil
répandus sur la peau des fleurs
rosée matinale
sur le visage
toujours révélé
par le frisson des pas absents

Cette faim d'hier soulève
les heures mortes
caresse le contour des saisons
quand tout commence à frémir
dans ce gel du temps
gel de nos temps racoleurs
s'agrippe
entenaille les désirs
désirs de retrouvailles
des premiers sons de la terre
me transportent sur leurs vagues
dérivent sur une lumière
au gré des mouvements tendres
fulgurants
m'empoignent me ramènent
sur des grèves impossibles
vibrent de mots naissants
vont me perdre dans le silence
à tout jamais
Naître dans le giron des couleurs nues
les poings endormis
entourés d'une paix naissante
bien avant le geste amoureux
déjà tendu vers l'autre

D'où vient cette soif
que les jours n'abreuvent pas
tant est si dense le chant des sens
en ce costume que porte la vie
sur la scène de tous les drames
conjugués aux comédies
en volutes danse sur les jours
si denses
cette science du silence
  
À coup de griffes
la vie folle bleue
se promène dans les noirceurs
déshabille l'âme
sur un vieux lit défait
viole les heures tendres
dérive sur l'errance
déchire le ciel
ses lambeaux

Avalé par la mémoire
le corps à l'équinoxe bouscule les mots
puisés sur les lèvres de mai
jusqu'au rêve fané
de décembre



PLEIN SILENCE

Note après note
une musique appelle
le mot d'amour
échoué à contre jour
devant une porte close
à double tour
enferme la farandole
d'années nanties
dans le néant
enferme les notes
enferme le mot
enferme le jour
danse autour
effleure la lune
son silence


SI TANT DOUX

Si les ailes te poussent
rose de nuit
la lune te semblera
ailée
la nuit te portera
vers des étoiles
à faire craquer le coeur
si tendre si doux
si tant doux
au temps doux du temps


FONTE

Ce ciel d'avril lance ses éclaboussures   
de soleil fondant   
sur mes âges fragiles

J'ai mille ans peut-être même plus. Je ne compte pas mes pas d'un temps défini. Je préfère l'infini, l'ailleurs, l'innombrable. J'erre au delà des habitudes. Je parle en langue svelte, langue incontournable des émois lancinants. Un lance-émois, une plate-forme pour les âmes habituées au silence. Lancez-moi par-dessus bord et je ferai dix vagues a capella. J'accaparerai vos émois à en faire sauter vos fusibles. Sans doute qu'il fera noir. Mais le noir, ça n'a jamais tué personne. S'il n'y avait pas de noir, on ne pourrait le comparer au blanc. Pellicule renversante plongée dans l'onde d'une âme multiple en tournée dans le sens des aiguilles. Ne laisse aucun repos dans le lit des indépendances. Ne laisse aucun choix d'approuver ou de désapprouver. Ne laisse passer qu'une infime lueur à travers le voile opaque de la peine heureuse.

Ne reste qu'à parler du silence têtu   
à travers le grillage des interruptions   
des absolus dans ce rêve infini d'images   
de sens livrés au sens  
un silence de mort prématuré   
rassembleur de fausse monnaie


INSPIR LIQUIDE

Mieux vaut semer de l'herbe
que de semer de l'eau
le végétal comme une douleur
plongée dans l'oublié liquide
sans importance
sans connaissance


MYSTÈRE DES BÊTES À PAROLES

Drôle de bêtes emprisonnées dans des corps trop lourds. Prisons humaines dans le jouissif des séductions, éclatent en moments insaisissables, s'écrivent et fusent essentiel à travers le voile 
du non dit.

Fuse la paix des linges transportés par les marées
Fusent les marées silencieuses jusqu'à l'intime des solitudes
Fuse la solitude parmi les lueurs de la beauté
Fuse la beauté des langues apprises dans le secret des complicités
Fuse la complicité des mots approuvés par le désir
Fusent les désirs jumelés aux verbes entretenus
Fuse le verbe fermenté
dans l'écho
dans l'espace
dans l'extase


PLAGE SAGE
  
Dérive des eaux
jusqu'aux lèvres
abandonnées
à l'ivresse des plages
Dérive des mots
vers les sables mouvants
de la chair invisible
Dérive du temps
ses mouvements ondulés
par le coeur accueillis
Dérive des mains
sur la lune offerte
au vertige des mots

FRÔLEMENT DROLEMENT

Au jardin des prononciations
une parole remue la terre
creuse des sillons
sème des signes vertigineux
quand la main frôle
l'instant


ERREMENT

Les vertiges parcourent
les nuits ondulées
vestiges des mouvances
d'une lune ancienne
délaissée sur la page
des enchantements


RESSEMBLANCE

En leurs chastes tutoiements
les solitudes s'absentent
jusqu’au quai
des emportements
où la vague s'obstine
touche
secoue
prononce la courbe
du corps des mots
dans l'espace hume
le parfum
des cris poreux

Long comme le jour
un baiser se prolonge
dans l'interdit
croisent les langues perdues
dans ce lieu fluide
des rapprochements


https://a.wattpad.com/cover/2609373-256-k28f05b.jpg


 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire